Naissance du système d'écriture japonais

Publié le par Ai 愛

Vers le Ve siècle après J-C, la lange japonaise est exclusivement orale. Le besoin d’écrire se faisant ressentir, et les échanges entre Chine et Japon étant nombreux (que ce soit sur le plan économique que sur le thème religieux), c’est naturellement que les sinogrammes vont être adoptés au Japon. D’abord utiles aux moines bouddhistes, pour lire les écrits religieux, ces signes deviennent ainsi l’écriture des plus instruits. Cependant, les caractères chinois présentent plusieurs failles : d’abord, leur nombre, qui réserve l’écriture aux plus fortunés, son apprentissage étant long et fastidieux. Ensuite, si ils sont adaptés à la langue chinoise, le japonais utilise les conjugaisons pour les verbes et les adjectifs, et certaines tournures sont ainsi difficiles à retranscrire.

Ainsi, deux écritures propres au japonais vont se développer :
- les hiragana (en kanji 平仮名), autrefois appelés onnade ("écriture des femmes"), qui représentent chacun une "syllabe" (appelées en linguistique "more") et ont été créés à partir des kanji. Dans ce tableau, on voit à gauche le hiragana et à droite le kanji supposé d'origine.

 

  a i u e o
  う 字
k
s さ 左
t つ 川
n
h
m め 女
y    
r
w  
         

 

(à noter que et ne sont plus usités de nos jours, bien qu'on continue à les apprendre car de nombreux ouvrages anciens les contiennent ; le se prononce "n" et n'est jamais placé en début de mot)
Les hiragana étaient utilisés par les femmes de la cour, qui ignoraient les kanji, leur prononciation dérive assez souvent de la prononciation chinoise de leur kanji d'origine (ex:
計 "kei" devenu け "ke").

- les katakana
(en kanji 片仮名), apparus durant l'ère Heian, qui servirent d'abord aux étudiants bouddhistes, afin de noter la prononciation des caractères chinois :

  a i u e o
  ウ 字
k
s
t チ 千 ツ 川
n
h ハ 八
m ミ 三 メ 女
y    
r
w  
         

(les remarques sont les mêmes que pour les hiragana)


Il a fallu attendre la réforme de 1946 pour que le nombre de kanji utilisés soit fixé à 1850 caractères, que les hiraganas soient désignés pour écrire tous les noms d'orgine japonaise et les katakana les mots étrangers (dans la majorité des cas, dérivés de l'anglais). La liste de kanji officielle a changé plusieurs fois entre la réforme et aujourd'hui : simplification des lectures, de la forme des caractères, ajouts... Finalement, actuellement 1945 kanji sont obligatoires à la fin du cycle scolaire (jôyô kanji 常用漢字) et 284 caractères supplémentaires sont utilisés pour les noms propres (jinmei kanji 人名漢字). Ce qui fait pas moins de 2229 kanji à connaître ! Les kanji non officiels sont également utilisés, mais la prononciation est dans ce cas indiqué au dessus en hiragana : on leur donne alors le nom de "furigana" (振り仮名).
Les professeurs de littérature peuvent connaître jusqu'à 7000 kanji, les meilleurs dictionnaires en rencensent environ 4000, et sur un ordinateur moderne on dispose de 11436 caractères !
Actuellement, on pratique l'art de la calligraphie avec les kanji ou les hiragana, les katakana étant purement utilitaires.
Il existe une autre écriture syllabaire, peu connue, appelée hentaigana 変体仮名 : on l'utilise parfois dans certains restaurants pour donner un style vieilli aux mots, mais les japonais n'en connaissent souvent que quelques uns et déduisent donc le mot du contexte.

Publié dans Dossiers sur les Kanji

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Supersab 21/05/2007 00:43

J'ai assisté à une conférence sur les kanji. Ce qu'il m'a le plus frappé c'est que les kanji représentent avant tout, des idées, une philosophie, une certaine façon d'appréhender le monde. En conséquence leurs apprentissages nécissitent aussi une connaissance du pays sur le plan historique, culturel, religieux etc...
J'ai donc laissé de côté la langue pour m'interesser davantage à certains pendants de la culture nipponne: l'ikebana, les jardins zen, le taiko (musique tradionnelle avec des tambours) notamment....

Je te souhaite bonne continuation parmis les 1850 kanji, tu as encore pas mal de boulot. ^__^ .

Merci d'être passée sur mon blog.

Supersab

Ai 愛 28/05/2007 13:29

Je m'intéresse assez à l'étymologie des kanji, même si cela résulte de la vision antique chinoise de voir le monde, le bouddhisme ayant fortement influencé la culture japonaise, on se retrouve avec des manières de penser proches sur certains points. C'est entre autre ce qui fait le charme des kanji : on saisit toute l'ampleur de la langue et on se rend compte qu'elle est indissociable de la culture nippone. C'est d'ailleurs, je trouve, le point faible de beaucoup de méthodes d'apprentissage du japonais : ça manque de notes culturelles, où bien elles sont stéréotypées. Au fait, j'ai calculé qu'à ce rythme, je devrait avoir fini vers l'été 2012...